Sonia Delaunay : les Couleurs de l’Abstraction

Tableaux, robes, costumes, couvertures… Les œuvres de Sonia Delaunay se déploient au musée d’Art moderne de la Ville de Paris, au cœur d’une rétrospective que nous fait découvrir la commissaire Anne Montfort.

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Sonia Delaunay
Prismes électriques, 1913-1914,
© Pracusa 2013057
© Davis Museum at Wellesley College, Wellesley, MA, Gift of Mr. Theodore Racoosin

Comment est née l’idée de cette exposition ? Quel est son objectif ?

L’idée première de cette exposition consacrée à Sonia Delaunay était de représenter les œuvres de l’artiste en confrontant ses différentes disciplines que ce soit la peinture mais également le textile et le design. Elle abordait sa recherche sur la couleur avec la même force créatrice et le même intérêt, quel que soit le support. Nous souhaitions également mettre en avant le passage du temps en mettant en parallèle des œuvres de l’artiste allant de 1905 à 1979 et des documents photographiques. L’exposition débute par la Belle Époque pour se terminer par des films où l’on voit Sonia Delaunay avec Jacques Dutronc et Françoise Hardy.

D’où proviennent les œuvres de l’exposition et comment les avez-vous sélectionnées ?

Sonia Delaunay a toujours été très généreuse avec les institutions françaises. Elle a notamment fait une importante donation en 1967 au Musée Georges Pompidou et en 1977 à la Bibliothèque Nationale de France. Les œuvres proviennent également de prêteurs privés et de musées internationaux comme le MoMa ou le Metropolitan.

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Manteau pour Gloria Swanson, c. 1924,
Broderie de laine
Collection particulière
© Pracusa 2013057
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Portrait, cliché André Villers 1971
© Pracusa 2013057
© BNF
André Villers © Adagp, Paris 2014

Même si cela peut paraitre un choix difficile, quelles œuvres selon vous semblent particulièrement emblématiques de la démarche de cette exposition ?

La robe simultanée de 1913 est particulièrement emblématique de l’œuvre de Sonia Delaunay. Dès le début du siècle, l’artiste adopte une nouvelle façon de travailler la couleur. Cette robe est très avant-gardiste ; elle casse tous les codes de l’époque puisqu’elle est conçue sans corset et dessine le corps de la femme plutôt que de le masquer.

Sonia Delaunay n’a jamais fait de différence entre les arts appliqués et les beaux-arts, comment passe t-elle de l’un à l’autre ? Est-ce que l’un prend de l’importance sur l’autre ?

Dans les années 1920 les arts appliqués sont très présents dans le travail de Sonia Delaunay car on travaille tout simplement plus cette discipline à cette époque alors que dans les années 1960 la peinture prend le dessus. Cela dépend vraiment de ses recherches, parfois elle se développe plus facilement sur un support que sur un autre.

Pourrions-nous presque définir Sonia Delaunay comme une décoratrice d’intérieur ? Une grande partie de son travail se porte sur la création d’imprimés, de tapis…

Pas vraiment car Sonia Delaunay ne se cantonne à pas à un seul support mais explore tous les moyens d’expression. Il y a une dimension qui va plus loin : sa philosophie est de faire rentrer l’art dans la vie mais aussi vivre l’art.

Pensez-vous que la création des pièces de textile en patchworks et les planches de motifs peints a une influence sur la mode des 70’s ?

Certainement ! Il y a eu de nombreuses copies dans les années 1970 inspirés des textiles réalisés par l’artiste dans les années 1920 mais également des rééditions par la maison Artcurial.

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Sonia Delaunay
Rythme Couleur, 1964,
© Pracusa 2013057
© Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris / Roger-Viollet
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Sonia Delaunay
Couverture du catalogue de l’exposition de Stockholm, Autoportrait, 1916
© Pracusa 2013057
© BNF

Quelles sont principales influences de Sonia Delaunay ?

Sonia Delaunay s’est nourrie de nombreuses influences : la danse, la poésie, l’art populaire russe, son mari Robert Delaunay… Elle s’est formée en Russie, en Allemagne et à Paris, ce qui lui permet de s’adapter au langage de l’endroit où elle se trouve.

L’exposition a été articulée de manière chronologique, pourquoi ce choix ?

La scénographie a été une étape importante de cette exposition. Nous avons travaillé avec l’architecte Pascal Rodriguez qui a tout de suite compris l’importance du temps qui passe. Il a également réfléchi à la Fabrique, qui est une grande salle qui accueille les textiles de Sonia Delaunay. Il était important pour nous de redonner vie à ces créations en jouant notamment sur la lumière.

Une exposition consacrée à Robert Delaunay a eu lieu en parallèle, comment travaillaient-ils ensemble ? Comment construisaient-ils leurs œuvres l’un à côté de l’autre ?

Ils ne travaillaient pas au même endroit, chacun avait son propre atelier. Même s’ils partageaient la même façon de penser la nécessité de la reconstruction de la peinture à partir d’un travail sur la couleur, les deux artistes étaient très différents de par leur formation mais avaient l’un pour l’autre une très grande admiration.

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Sonia Delaunay
Composition pour jazz, 2e série, No F 344″, Paris 1952
© Pracusa 2013057
© Courtesy Natalie Seroussi et Galerie Zlotowski, Paris
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Sonia Delaunay
Hélice, décoration pour le « Palais de l’Air », Exposition Internationale des Arts et Techniques, Paris 1937
© Pracusa 2013057
© Skissernas Museum, Lund, Sweden/Emma Krantz

Pouvez-vous nous parler de l’importance de la couleur chez Sonia Delaunay ?

La recherche sur la couleur est le cœur même du travail de Sonia Delaunay. Sa manière de voir la couleur devient quelque chose de très relatif, qui se ressent dans l’instant où elle est perçue. Cela lui permet de composer des images au grès de ses projets. Ses créations textiles lui ont offert une liberté plus grande car elle a pu varier les couleurs selon les motifs.

A quel moment de sa vie ses œuvres vont-elles basculer vers l’abstraction ?

Depuis les années 1910 ses œuvres sont toujours proches de l’abstraction mais ce n’est qu’en 1938 qu’elle revendique son passage à l’abstrait. L’abstraction arrive souvent comme une conséquence du travail sur la couleur.

Les femmes ont-elles investis des domaines artistiques différents de ceux des hommes ? Quelle est leur place aujourd’hui dans le monde de l’art ?

Les femmes ont participé au même titre que les hommes à l’aventure de la modernité. Chez Sonia Dalaunay, le fait de venir d’une culture où la différence entre les arts appliqués et les beaux-arts n’est pas aussi importante que dans le monde oriental, lui a permis d’avoir une vision qui passe au-dessus des manières conventionnelles de concevoir l’art.

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Sonia Delaunay
Couverture de Berceau, 1911, MNAM
© Pracusa 2013057
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Studio REP
Modèles devant voiture simultanée, 1925
© Pracusa 2013057
© BNF
Robert mallet-Stevens © Adagp, Paris 2014
Jacques Heim © DR

Comment expliquez-vous le succès de l’exposition ?

C’est presque une exposition de la réussite. Sonia Delaunay a vécu un siècle difficile avec deux guerres mondiales, mais elle traverse ces épreuves avec une constance et un optimiste rassurant. On retrouve dans ses œuvres la volonté de ne pas se laisser déstabiliser par les événements extérieurs. Elle a toujours réussi à s’adapter à son époque et à penser que les choses pouvaient s’améliorer.

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Sonia Delaunay
Nu Jaune, 1908 Musée des Beaux-arts de Nantes
© Pracusa 2013057

greep cynthia

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