En aparté avec Françoise Dupertuis, la décoratrice du film Les vacances du Petit Nicolas

Pour vous, Westwing est allé à la rencontre de Françoise Dupertuis, la décoratrice du film Les vacances du Petit Nicolas. Cette femme passionnée et passionnante nous a livré quelques anecdotes sur son travail. Un grand moment !

Où avez vous puisé votre inspiration pour construire ces décors ?

Dans la mesure où j’ai aussi fait le premier volet du Petits Nicolas, les deux films sont partis de la même ambiance stylistique. L’important était donc de faire un film stylisé. Je me suis beaucoup inspirée des films et des ouvrages sur les trente glorieuses, sur les années 50/60… sur le rêve américain en fait ! J’ai fait des recherches sur l’avènement de l’électro ménager, sur ce qui rendait la vie plus facile aux femmes. Tout ce qui faisait que, tout d’un coup, le quotidien de la ménagère était beaucoup plus léger, beaucoup plus joyeux. Il s’agit de toutes ces revues féminines qui permettaient de voir la vie avec une certaine bienveillance, une certaine bonne humeur. Le quotidien avait donc ce côté ludique, dû à l’avènement de ces nouvelles technologies.

Le monde du Petit Nicolas baigne dans une insouciance retrouvée, qui n’est jamais anxiogène, comment est ce que cela se traduit-il en déco ? Y’a t il d’autres apports pour illustrer ce côté gai, cette bonne humeur et cette bienveillance dont vous parlez ?

Je pense que, déjà, le fait de styliser le film y contribue beaucoup. Il s’agit de vraiment donner des lignes directionnelles, assez fortes en termes de formes ou de couleurs. Il était important de ne pas être dans des tonalités maronnasses ou un peu austères, sans pour autant tomber dans les couleurs pop des années 70. C’est vraiment un entre-deux avec des teintes acidulées. J’ai voulu garder le côté bulle et pétillant de l’existence, en mettant de côté tout ce qui peut l’entraver… L’idée est donc, bien sûr, de promouvoir une certaine forme de légèreté.

vacances du petit nicolas

 

Photographie : © Jean-Marie Leroy

Pour vous les années 60, en déco qu’est que c’est ?

Ce sont des années qui, je trouve, sont très inventives par rapport à aujourd’hui. On ne fait pas forcément référence au passé pour obtenir des objets manufacturés du présent. À ceci s’ajoute une créativité de la forme et de la structure des matériaux. La technologie a vraiment amené du mobilier, de la mode, plein de choses nouvelles et pas juste post-modernes comme actuellement. Ce que l’on fabrique aujourd’hui est toujours en référence à quelque chose… Référence aux années 50, 60, 70, 80, 90. On part d’un point du passé et on tire, alors que, dans ces années-là, les choses sont beaucoup plus neuves, avec une généalogie moindre.

Quel est le moment qui vous a donné le plus de satisfaction sur ce tournage ?

On a fait ce travail d’équipe qui prend un certain temps. Le temps de réfléchir, de dessiner, de construire, de chiner, de trouver des choses, d’assembler, de coudre… Quand tout ça se met en place et que c’est le premier jour de tournage, tout d’un coup on a en plus les acteurs, la lumière, la caméra… Là, c’est assez magique, parce qu’on voit que ça fonctionne. Tout est là, c’est un monde qui prend forme.

Où vous êtes vous équipés pour construire les décors du film ?

Dans plein d‘endroits ! Le mobilier vient en partie d’internet. Beaucoup de choses ont été achetées sur des sites étrangers : allemands, anglais, belges, hollandais. On a aussi pas mal fait de brocantes et de dépôt-ventes en France, que ce soit en île de France, en Vendée, dans la région de Royan. On s’est aussi déplacé en Belgique. On a ciblé un peu large sur l’Europe, avec à la fois de l’internet et des virées en camion. On a pas mal cherché, il y a un vrai mélange. Tout est ancien. On a trouvé de vieux stocks de tissus et on a fabriqué des choses, comme des tables.

parents du petit nicolas

 

Photographie : © Jean-Marie Leroy

Avez-vous eu d’autres références culturelles ou visuelles comme des livres, de peintres, des illustrateurs ou des photographes pour nourrir cette réflexion ?

Oh, j’en ai eu plein ! J’ai fait énormément de recherches, essentiellement dans les magazines anglo-saxons parce que je trouve que la France de ces années est beaucoup moins pimpante. J’ai trouvé des bouquins de décoration d’intérieur américains, anglais, belges. Les revues françaises sur l‘électroménager sont nettement moins ambitieuses, beaucoup moins culottées. Dans les photographes, Guy Bourdin, dans certaines formes, fait partie des références que l’on a pu évoquer. Après ce sont les couleurs de certains peintres, tous les Nabis par exemple. Un artiste comme Pierre Bonnard est aussi très intéressant pour les mélanges de couleurs dans certaines peintures, avec certains fonds. Il en va de même avec Matisse et de son travail autour de l’aplat où soudainement le motif prend forme sur un fond.
Quel a été pour vous le défi principal pour réaliser le décor du film ?
Le défi c’est toujours l’éternelle équation d’avoir le maximum d’exigence artistique dans une durée de temps, par ce que l’on est dans un espace temps assez précis dans le cinéma, et dans une enveloppe budgétaire. Il faut essayer de faire quelque chose avec le maximum d’ambition.

En termes de couleurs, de matières, comment avez vous cherché à traduire cette ambiance de vacances ?

Dans un premier temps on a considérablement réfléchi à la façon dont on voulait raconter les choses et à l’endroit où l’on allait mettre notre plage. Les couleurs, l’ambiance n’étaient pas les même du côté de Noirmoutier, comme c’est le cas dans le film, ou du côté de Bordeaux. C’est surtout une question de lumière. Les teintes de la région ne sont pas chaudes, elles sont plutôt froides mais avec du peps. Le jaune est citron et pas doré. Il fallait créer un univers tonique, pétillant. Les teintes plus rondes ou plus douces ne se seraient pas aussi bien accordées dans ce rapport de force avec la nature.

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Photographie : © Jean-Marie Leroy

Perrine Sprimont

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