Malick Sidibé : dans l'oeil de Bamako

Un an après sa mort, Malick Sidibé est exposé à la Fondation Cartier. L’occasion d’y retrouver plus de 300 clichés, témoignages historiques de l’effervescence du Mali post-indépendance. Une rétrospective inédite à découvrir jusqu’au 25 février prochain.


À 28 ans, Malick Sidibé réalise l’un de ses clichés les plus emblématiques. « Nuit de Noël » sera même sélectionnée parmi les 100 photographies les plus influentes de l’histoire, selon le magazine américain Time.

Né en 1936 dans le petit village de Soloba au Mali, Malick Sidibé grandit au sein d’une famille peule. En 1952, il est admis à l’école des artisans soudanais, l’actuel Institut national des arts de Bamako, où il obtient un diplôme d’artisan-bijoutier. La même année, Gérard Guillat, petit patron français d’un studio à Bamako, fait appel à ses talents pour décorer sa boutique. Grâce à lui, Sidibé plonge corps et âme dans la photographie.

Témoin privilégié de l’indépendance du pays en 1960, il va en capter l’effervescence. À 24 ans, il parcourt les soirées de Bamako avec son Kodak Brownie Flash pour photographier cette jeunesse découvrant les danses venues d’Europe et de Cuba. Twist et rock’n’roll enflamme alors les esprits sur fond de pattes d’eph. Le photographe est de toutes les soirées (jusqu’à 6 par nuits), de tous les mariages, de tous les pique-niques dominicaux. Dans son studio qu’il ouvre deux ans plus tard, il guide ses modèles sans les trahir. Là où Seydou Keïta, grand maître du portrait, photographiait la haute société, lui s’intéresse aux milieux plus populaires. On vient de partout pour prendre la pose : étudiants fraîchement diplômés, enfants à peine baptisés, jeunes mariés, Occidentaux de passage… Sidibé s’amuse, invente les décors, joue avec les attitudes et les regards. Autodidacte, il devient l’un des photographes les plus en vue du Mali mais la consécration internationale tarde. Il faudra attendre que le marché de l’art s’intéresse à la photographie africaine pour voir son oeuvre exposée à la Fondation Cartier en 1995. La machine est lancée, le monde est conquis. En 2003, il reçoit le prix Hasselblad, le « Nobel de la photographie ». En 2007, c’est les larmes aux yeux qu’il se voit décerner le prestigieux Lion d’or de la Biennale de Venise. Jamais un Africain, ni même un photographe, n’avait eu de telles distinctions. S’il a transcendé son medium, Malick Sidibé a aussi su développer un style enthousiaste, repris par la jeune génération d’aujourd’hui, aussi bien dans les clips que dans la mode.

Avec plus de 54 000 visiteurs depuis le mois de novembre, l’exposition Mali Twist, hommage à celui que l’on surnommait “l’oeil de Bamako” est un succès. Sur une bande-son yéyé, twist et rock, imaginée par l’écrivain malien Manthia Diawara et par André Magnin, l’ami et agent français de Sidibé, on replonge un demi-siècle en arrière. À découvrir jusqu’au 25 février.

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