Les Éditions Gallimard

Les Éditions Gallimard ont été créées en 1911 par Gaston Gallimard, André Gide et Jean Schlumberger, dans le prolongement de La Nouvelle Revue française (1909). Avec un catalogue de quelque 40000 titres, 9000 auteurs et 240 collections de littérature et d’essais, Gallimard est aujourd’hui le premier éditeur français indépendant. De cette maison est né un groupe qui, depuis les années 1950, n’a cessé d’accueillir de nouvelles enseignes d’édition, de librairie, de diffusion et de distribution.

Antoine Gallimard, petit-fils du fondateur, est aujourd’hui à la tête du groupe Madrigall, composé d’une quinzaine de maisons d’édition, de 9 librairies et de filiales de diffusion et de distribution. Il forme le troisième groupe éditorial français, depuis le rachat de l’ensemble Flammarion en 2012.

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Le siège des Éditions Gallimard en 1929

Couverture ivoire à filets rouges et noir, marquée du monogramme NRF, la collection Blanche inaugure en 1911 le comptoir d’édition d’André Gide et de ses amis. La modeste association se développe sous l’impulsion de Gaston Gallimard, dont l’engagement et les choix seront toujours guidés par le désir de servir au mieux la littérature. L’entreprise Gallimard est transmise d’une génération à l’autre, avec des valeurs inchangées, «comme un serment qu’on s’est fait». Riche de 40 000 titres, son catalogue réunit la plupart des grands auteurs contemporains : Claudel, Proust, Malraux, Faulkner, Queneau, Sartre, Camus, Hemingway, Borges, Yourcenar, Duras…

1909-1911. De la revue aux Éditions

Le modeste «comptoir d’édition» qui les fait paraître est celui de La NRF, une revue de littérature et de critique créée en 1909 par un groupe d’écrivains réunis autour d’André Gide et œuvrant à la formulation d’un «classicisme moderne». Constatant le bon accueil de leur revue, ils ont souhaité disposer d’une «bibliothèque» à leur main pour y faire publier en volume certains des textes parus ou à paraître à La NRF, tantôt en feuilleton, tantôt par extraits. Les premiers livres des Éditions de la Nouvelle Revue française paraissent en juin 1911 : L’Otage de Paul Claudel, Isabelle d’André Gide et La Mère et l’enfant de Charles-Louis Philippe, bientôt suivis des Éloges de Saintleger Leger, futur Saint-John Perse.
Gide obtient de Paul Claudel qu’il réserve ses pièces futures à cette nouvelle enseigne, ce qui adviendra. Malgré l’estime réciproque qui unit les deux créateurs, leur «alliance» se verra toutefois fragilisée sitôt que la revue fera place à des auteurs peu «ajustés» à la ligne claudélienne et que Gide lui-même lèvera le voile sur ses inclinations et sa quête morale.

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Les premiers ouvrages des Éditions Gallimard sous la fameuse couverture blanche

Mais la littérature est un ordre à part ; la NRF repose sur cette conviction, qui prime les clivages religieux, moraux ou politiques, sans soustraire la littérature à la diversité de l’expérience humaine. Comme ils le font déjà pour la revue, Gide et Jean Schlumberger sont prêts à assumer les frais de la jeune maison d’édition. Mais il faut un homme pour gérer l’affaire : ce sera Gaston Gallimard.

André Gide fait la connaissance de Gaston Gallimard en 1906. Le fils de Paul Gallimard, propriétaire du Théâtre des Variétés et collectionneur de toiles impressionnistes, est un fervent lecteur de ses œuvres ; il a, comme lui, des attaches normandes, les Gallimard étant propriétaires du manoir de Bénerville, sur les hauteurs de Deauville. Le jeune homme est un élégant représentant de la bohême bourgeoise de la rive droite, compagnon de flâneries de Francis Jourdain et de Léon-Paul Fargue. Gaston a du goût, des relations et, semble-t-il, quelque fortune. C’est un bon parti pour La NRF, d’autant que l’on sent chez lui un désir d’émancipation qui pallie les défauts d’une extraction un peu suspecte vue de la rive gauche de la Seine.
Gaston accepte et signe avec Gide et Schlumberger l’acte qui donne naissance le 31 mai 1911 aux Éditions de la NRF. On se félicitera dès lors de l’implication du jeune homme qui prend aussitôt à cœur sa nouvelle charge. Il signe les contrats, négocie avec les imprimeurs, visite les libraires… et contribue largement au financement de l’entreprise.

GASTON GALLIMARD- Archives Gallimard

Gaston Gallimard vers 1911

1911-1919. Le comptoir d’édition

La proximité entre la revue et la maison d’édition est fructueuse. Le catalogue des Éditions s’enrichit d’auteurs de La NRF (Gide, Claudel, Leger, Fargue, Rivière, Larbaud, Suarès, J. Romains, Bloch…) comme d’écrivains venus directement à elles, à l’image de Drieu la Rochelle ou de l’ami Roger Martin du Gard, l’auteur de Jean Barois, indéfectible trait d’union entre Gide et Gaston Gallimard.

Mais l’un des épisodes les plus mémorables de cette période est le refus de publier la première partie d’À la Recherche du temps perdu  de Marcel Proust fin 1912. Jean Schlumberger porte un œil distrait et prévenu sur cette volumineuse copie dont il recommande de ne pas entreprendre la publication : l’auteur est un mondain, gravitant sur une orbite morale, sociale et esthétique qui n’est pas celle de la NRF. Du côté de chez Swann sera publié fin 1913 à compte d’auteur chez Bernard Grasset.

On se rend compte dès lors de la gravité de la faute commise ; il faudra l’action conjuguée de Gide, de Jacques Rivière, secrétaire de la revue depuis 1912, et de Gaston Gallimard pour obtenir de Proust qu’il se détache de son premier éditeur afin de poursuivre la publication de La Recherche à la NRF. Imprimé en novembre 1918 par les Éditions de la NRF, À l’ombre des jeunes filles en fleurs reçoit le prix Goncourt 1919… Même ralentie par les contraintes et circonstances de guerre, l’activité des Éditions se prolonge durant le conflit, Gaston Gallimard s’épargnant une montée au front. C’est ainsi qu’il fait paraître en 1917 La Jeune Parque de Paul Valéry, marquant le grand retour du maître aux « charmes » de la poésie.

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1913-1924. Au Vieux-Colombier

L’idée d’associer un théâtre à La NRF revient à deux des fondateurs de la revue, Jacques Copeau et Jean Schlumberger. Habitué des loges, Gaston Gallimard est sensible à cette proposition, qui sonne comme un adieu à la «cohue foraine du Boulevard» de son enfance. Il faut rétablir une scène de qualité pour l’élite cultivée. Les grands classiques seront privilégiés, mais côtoieront des œuvres de Claudel, Gide, Martin du Gard ou Vildrac.

1919. Un grand dessein

 

Revenant d’Amérique en 1919, j’ai compris qu’il était nécessaire de donner à ma maison une allure commerciale pour pouvoir diffuser les œuvres que j’aimais. Je me suis mis en société pour avoir des capitaux, j’ai développé mes bureaux… J’ai dû signer des contrats avec des écrivains commerciaux… Je dis souvent à mon fils que, si ma vie était à recommencer, […] j’aurais fait de la plomberie ou de la pharmacie en gros, pour pouvoir n’être l’éditeur que de ce que j’admire. Ce qui paraît de l’extérieur une dispersion n’est qu’une nécessité commerciale et de trésorerie, au bénéfice de ce qui compte.

 

Rarement Gaston Gallimard a été aussi précis sur ses intentions que dans ce bilan à mi-siècle qu’il adresse à Paul Claudel en janvier 1946. Durant la guerre, l’éditeur a eu la révélation des affaires, comprenant que le meilleur service qu’il avait à rendre à la littérature était non pas de l’isoler sur un îlot d’excellence, mais de financer le temps incertain de la création et de la reconnaissance des œuvres par une politique éditoriale moins exclusive. Ce grand dessein est compris dès 1916 par Gide, qui recommande de renommer les Éditions de la NRF, à son nom trop associées, en Librairie Gallimard. Ce qui sera effectif en juin 1919, lorsque Gaston, au terme d’un véritable coup de force, crée ladite société avec son frère Raymond et son ami Maney Couvreux, tout en imposant l’excellent Jacques Rivière à la direction de la revue.

Les Éditions prendront leur essor, jouissant bientôt d’une grande autorité littéraire malgré leurs ascendances gidiennes qui les rendent suspectes à la droite de l’échiquier politique. Elles trouveront leur équilibre économique au début des années 1930 en confiant leur diffusion aux Messageries Hachette et en s’engageant, provisoirement, dans la presse populaire et politique avec les hebdomadaires Détective, Voilà et Marianne.

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Gaston Gallimard en 1928

1919-1939. La double enseigne

Les années d’entre-deux-guerres voient s’élargir le spectre éditorial de la Maison avec la création de nombreuses collections : «Les Peintres nouveaux», «Les Documents bleus», «Bibliothèque des idées», «Les Essais», «Vie des hommes illustres», «Du Monde entier»… La littérature française de création trouve son foyer dans «Une Œuvre, un portrait» puis dans «Métamorphoses», qui accueillent les jeunes dadas puis les surréalistes, ainsi que les écrits de Jouhandeau, Ponge, Michaux, Audiberti ou Tardieu… Jean Paulhan, rédacteur en chef de la revue après la mort de Rivière en 1925, sera l’un des promoteurs de cette génération nouvelle, même si sa rupture avec des surréalistes «politisés» nuira aux bonnes relations d’Aragon et Breton avec Gaston Gallimard.

Evolution Blanche p. 67

L’évolution de la collection “Blanche”

La Bibliothèque de la Pléiade

C’est peut-être la plus prestigieuse collection des Éditions Gallimard, mais elle n’y est pas née. Sa création revient à Jacques Schiffrin, fondateur des Éditions de la Pléiade. Suivant des modèles anglais et allemands, Schiffrin crée la «Bibliothèque reliée de la Pléiade», vouée aux classiques, dont le premier volume, les Œuvres de Baudelaire, paraît à Noël 1931. Douze titres y sont publiés avant qu’en 1933, sur le conseil de Gide, la NRF ne reprenne cette collection en mal de trésorerie ; Schiffrin en conserve la direction et prend par ailleurs la responsabilité des publications de Gallimard pour la jeunesse (Les Contes du chat perché…).

«J’ai voulu faire quelque chose de commode, de pratique ; j’ai tenu compte du fait que les appartements d’à présent imposent de faire tenir le plus de choses dans le minimum de place », expliquait Schiffrin.

Contraint de s’exiler aux États-Unis durant l’Occupation, Schiffrin sera remplacé par Jean Paulhan, la collection passant, après-guerre, sous la responsabilité du frère et du neveu de Gaston Gallimard. Elle compte aujourd’hui plus de 550 titres.

Au Comité de lecture

Le comité de lecture des Éditions Gallimard est institué en 1925. Avec l’essor de la Maison, les propositions de textes affluent, de tout genre ; aujourd’hui, quelque 6 000 manuscrits sont reçus chaque année par l’éditeur. Outre les membres de la famille Gallimard (aujourd’hui Antoine et sa soeur Isabelle) et leurs secrétaires, les personnalités les plus assidues au comité auront été Benjamin Crémieux, Ramon Fernandez, Bernard Groethuysen, Jean Paulhan, Marcel Arland, Raymond Queneau, Jacques Lemarchand, Albert Camus…

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Affiche pour le premier titre d’Antoine de Saint-Exupéry publié aux Éditions Gallimard en 1929

1939-1945. Les années sombres

Repliées en septembre 1939 dans la Manche, les équipes des Éditions se dispersent durant l’exode, les Gallimard et les Paulhan passant l’été 1940 à Carcassonne chez l’écrivain Joë Bousquet. La publication de La NRF est alors interrompue. Gaston Gallimard décide de revenir à Paris en octobre 1940 afin d’éviter une mise sous séquestre de sa société.
Cette période douloureuse et complexe est marquée par la révélation des œuvres d’Albert Camus et de Maurice Blanchot et, malgré la censure, par la publication de textes importants d’Eluard, Aragon, Sartre, Queneau, Saint-Exupéry et Jünger.

1946-1970. D’un Gallimard à l’autre

La mort d’André Gide en 1951 marque une rupture. Les frères Gallimard ont installé leurs fils au sein de la Maison. Mais une sévère crise de succession éclate au milieu des années 1950, tandis que l’entreprise est déjà entre les mains de Claude, le fils de Gaston. La mort accidentelle de Michel Gallimard, fils de Raymond, et d’Albert Camus en 1961 met un terme tragique à cette querelle.

Les succès de librairie (Autant en emporte le vent, Le Petit Prince, la collection de la Pléiade…) permettent à la Maison de mener une politique de développement éditorial et d’asseoir les fondations d’un groupe, avec le rachat de Denoël et du Mercure de France. Cette évolution, simultanée à celle d’Hachette, tend les relations entre l’éditeur et son diffuseur, qui rompent leurs accords commerciaux en 1970 ; cette décision provoque le retrait des titres de la NRF du « Livre de poche » (Hachette).

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Antoine et Claude Gallimard en 1986

La Série Noire

Traducteur de « romans d’aventures » américains, Marcel Duhamel, ami de Jacques Prévert, rencontre Michel Gallimard en 1944. De leur bonne entente naît, en septembre 1945, la « Série noire ». La collection prend son essor en 1948 sous l’impulsion de Claude Gallimard, qui lui associe une « Série blême », vouée aux romans à suspense. Duhamel a fait de cette collection un mythe ; il la dirigera jusqu’à sa mort en 1977, assisté de Robert Soulat, son successeur. Il reviendra à Patrick Raynal, éditeur de Jean-Claude Izzo et de Maurice G. Dantec, de donner à la «Série noire» une dimension plus internationale, avant que la collection ne quitte en 2005 l’univers du poche pour prendre un nouveau départ.

1970-2011. Une nouvelle donne éditoriale

À la mort de son fondateur, le jour de Noël 1975, Gallimard est une maison convoitée. Claude doit continuer à développer l’entreprise familiale et fait entrer ses quatre enfants dans l’entreprise. C’est à son fils cadet, Antoine, qu’il en confiera la présidence en 1988.
Trois grands dossiers marquent le début des années 1970 : la constitution d’une société de distribution (Sodis) et d’équipes de vente ; le lancement de la collection de poche «Folio» ; la mise sur pied d’un département Jeunesse.

Réticent dans un premier temps à l’idée d’une régulation des prix, Claude Gallimard se rallie à la loi sur le prix unique du livre en 1981, avant que son fils ne s’engage plus avant dans la défense de la librairie. Élu à la présidence du Syndicat national de l’édition en 2010, Antoine Gallimard défendra cette conviction dans le nouvel environnement numérique, associant la défense de la propriété intellectuelle à la promotion de la lecture sur tous supports.

D’abord épaulé par Teresa Cremisi et une équipe solide d’éditeurs et de lecteurs dont Pascal Quignard, Antoine maintient le cap éditorial d’une maison très littéraire, inscrite dans la vie des idées (Le Débat, «NRF Essais»…), aussi attractive qu’ouverte à l’international et œuvrant continûment à l’animation de son fonds. Le groupe accueille de nouvelles enseignes, à l’identité éditoriale très forte, comme P.O.L, Joëlle Losfeld, Verticales ou Futuropolis, avant que Flammarion ne rejoigne le groupe Gallimard en 2012. Cette croissance est rendue possible par les bons résultats du groupe, marquée notamment ces dernières années par des succès hors norme (Delerm, Barbery, Littell… et Harry Potter). De sorte qu’en 2011, Gallimard, riche d’un catalogue de 40 000 ouvrages, est le plus grand éditeur indépendant français.

5 rue Gaston Gallimard, 75007 Paris[2] (1)

Le siège des Éditions Gallimard aujourd’hui

Le groupe aujourd’hui

En faisant l’acquisition de Flammarion en septembre 2012, Madrigall, holding du groupe Gallimard, devient le troisième groupe éditorial français avec un chiffre d’affaires consolidé en 2015 de 438 millions d’euros. Il est alors le trente-et-unième groupe éditorial dans le monde.
À la tête d’un groupe équilibré, diversifié et indépendant, riche de grandes marques éditoriales (Pléiade, Folio, J’ai lu, Casterman…), Antoine Gallimard s’est engagé depuis trente ans en faveur d’une juste régulation du marché du livre, du respect et de la modernisation du droit d’auteur, de la défense du métier d’éditeur et de la librairie de détail. Pleinement engagée dans le secteur du livre numérique, la maison Gallimard s’attache à ce que ce nouveau mode d’accès aux œuvres littéraires s’appuie sur les valeurs de diversité, de qualité et d’indépendance qui caractérisent le marché du livre français depuis plusieurs décennies.

La Papeterie Gallimard

Vous connaissez certainement les mythiques carnets Moleskine dont la légende veut qu’ils aient été les fidèles compagnons d’Ernest Hemingway. Aujourd’hui, on peut écrire dans des carnets et des cahiers Gallimard. Les titres reprennent ceux des grands auteurs. De la papeterie sobre et élégante, voilà un concept chic qui devrait faire beaucoup d’adeptes à la rentrée !

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© M. Martin Delacroix-Gallimard

Crédits photos © Archives Gallimard

Fabiola Van Peteghem Berth

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