Le palais de Terence Conran

Son nom est synonyme de style. Avec une telle renommée, Sir Terence Conran fait partie de ceux qui définissent les standards de l’art de vivre. L’icône du Design de 80 ans a derrière lui une brillante carrière dans la distribution, la restauration et même l’immobilier, et ce n’est pas prêt de s’arrêter ! En plus de réinventer les maisons du monde entier depuis la création des chaînes Habitat et The Conran Shop, il est à l’origine de l’ouverture de plus de 50 restaurants, a écrit ou co-écrit plus de 40 livres, fondé le Design Museum, créé son propre cabinet d’architecture Conran & Partners, et est impliqué dans des projets hôteliers à Londres ou Tokyo. Rien de plus normal qu’il ait été anobli en 1983 ! Quand nous avons rencontré Sir Terence Conran pour connaître ses influences, nous avons découvert son manoir au style géorgien de 13 pièces à Barton Court, dans le Berkshire, l’épicentre de son génie. Il nous a raconté ce qui l’inspirait dans ses créations.

HOUSE

Q: On dit que votre demeure à Barton Court a tour à tour joué le rôle de bureau d’écriture, de chambre froide pour vos restaurants, d’atelier de fabrication, de studio, et même de laboratoire pour tester de nouvelles recettes ! En quoi cette maison est-elle autant une source d’inspiration pour vous ?

R: Ma maison m’est très chère. C’est un lieu de rassemblement pour ma famille et mes amis, et c’est ici que je me sens le plus épanoui et le plus protégé. C’est aussi mon laboratoire et mon bureau et j’aime avoir la possibilité de travailler quand je veux, et tout avoir à portée de main.

Barton Court est un lieu apaisant, parfait pour penser design et écrire. J’y ai tous les livres dont j’ai besoin pour mes références, toutes mes créations, ainsi que les nombreux objets d’art que j’ai acquis au fil des ans. C’est mon musée privé et une source constante d’inspiration.

Quand je créé un prototype pour un meuble ou même une couverture, je peux la mettre dans mon salon, ou ma chambre, et voir ce que ça donne en vrai. Ce laboratoire est donc un luxe et ces prototypes me permettent de recueillir les avis objectifs de mon entourage. Cela peut avoir de vraies répercussions, dans le bon sens comme dans le mauvais.

La restauration est un autre élément crucial de ma vie. Ma femme est une excellente cuisinière et nous discutons souvent de menus et de nouveaux restaurants : elle me prépare une longue liste de plats qui pourraient convenir. Souvent, les chefs viennent et restent quelques soirées pour cuisiner les prototypes de menus dans notre grande cuisine. On goûte et on ajuste.”

CIGAR

Q: Quels sont les éléments dont vous aimez vous entourer pour stimuler votre créativité?

R: “Je vis dans le design. Je passe mes journées et une partie de mes nuits à penser au design d’objets ou la configuration d’espaces. Ce que je préfère, c’est de prendre mon crayon et un bloc et de laisser l’inspiration me guider page à page telle, une vraie bouffée d’adrénaline ! Nous vivons dans un environnement dynamique et il faut constamment se remettre en question et trouver des solutions. Je trouve même que quand je dispose des objets sur une étagère ou une table, je prends des décisions sur la manière de les grouper pour créer une harmonie collective. Vous seriez évidemment surpris en m’entendant si vous pouviez voir mon bureau car c’est un vrai bazar ! Papier, stylos, crayons, magazines, cendriers et tasses à café, tout se côtoie de façon désordonnée. Si je bute sur une tâche, je me tourne tout naturellement vers les cahiers, les livres et les magazines qui jonchent mon bureau. Cela m’aide aussi de me promener dans le jardin ou tout simplement de me poser sur un banc quand j’ai besoin de réfléchir et faire le vide. Je passe aussi beaucoup de temps dans ma serre dans notre maison de campagne- c’est l’endroit le plus calme que je connaisse et il y fait bon. J’aime savoir que l’on ne me dérangera pas et que je peux me concentrer. J’aime l’odeur unique des plantes et c’est le dernier endroit où je peux fumer mon cigare sans faire hurler quelqu’un!”

CITY

Q: Voyager est pour beaucoup une source d’inspiration. Quelle est la destination qui vous touche le plus?

A: “ Vous me posez une question difficile ! Je dirais le Japon pour le buzz et l’activité constante même si on n’est qu’à une heure de train de havres de tranquillité comme Nasu et le Niki Club. Cuba pour les cigares le rhum et les plages. L’Inde est aussi l’un des pays les plus fascinants et j’y vais régulièrement depuis le début d’Habitat. Je repars toujours revigoré par l’énergie positive des gens et l’ambition locale. De bien des façons, c’est un peu comme Londres mais avec plus de couleur et moins de cynisme ! Je me suis toujours dit que les créateurs et artisans indiens étaient plus libres sur le choix des couleurs, des matières et des motifs.

Il y a aussi un endroit merveilleux au cœur de la Provence qui s’appelle L’Oustau de Baumanière. C’est romantique au vieux sens du terme et touche à l’essence même de la France profonde.

Et bien sûr, malgré des décennies de voyages à Paris, je ne me lasse pas de la ville- ses restaurants, ses bars, ses boutiques, son architecture et l’atmosphère qui respire ce que j’appelle le “relaxed, intelligent, easy living”.

SKY_VIEW

Q: Qui est votre source d’inspiration et pourquoi?

A: “En tête de liste, ma mère Christina qui s’est attachée à ce que ma sœur et moi recevions la meilleure éducation , créative de surcroit, ce qui n’était pas évident pendant la guerre. Elle a toujours mis livres et expositions à l’honneur et a littéralement vendu l’argenterie familiale pour payer nos études de design. A la Bryanston School, j’ai été très influencé par Don Potter, lui-même élève d’Eric Gill, et Charles Handley Reed. A la Central School, je suis devenu un fervent admirateur d’Eduardo Paolozzi qui est toujours un repère pour moi. En même temps, Miss Dora Batty m’a ouvert les yeux sur l’art des textiles et leur histoire.

Michael Wickham aussi – pour ses talents multiples, notamment la photographie, mais surtout son côté bon vivant. C’est lui qui m’a fait découvrir la France pour la première fois et le « easy living » dont je me suis épris immédiatement. Il était gourmet et cuisinait très bien, un vrai gauche caviar dans le bon sens du terme.

Bien sûr, j’ai eu d’autres influences contemporaines. Le travail de Norman Foster, David Chipperfield et puis bien sûr Eames. Mais je reviens constamment à l’œuvre de Paolozzi et l’inventivité des ingénieurs victoriens.

Côté cuisine, j’en serais encore aux frites si Elizabeth David n’avait pas eu une influence si déterminante sur les jeunes artistes des années 50. Elle est vraiment à l’origine d’une ” food revolution”.

Publié le 22 janvier 2012, © Westwing Home & Living

debeauvoir clarisse

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