David Hockney secoue Paris

Artiste majeur de son époque, David Hockney est à l’honneur au Centre Pompidou. En collaboration avec la Tate Britain de Londres et le Metropolitan Museum de New York, le musée parisien offre une rétrospective de choix avec plus de 160 oeuvres du génie anglais. À voir jusqu’au 23 octobre.

“PORTRAIT OF AN ARTIST (POOL WITH TWO FIGURES)” 1972 – PHOTO CREDIT: ART GALLERY OF NEW SOUTH WALES/JENNI CARTER

À 80 ans, l’artiste qui aime “vivre en couleur”, élevé sous le ciel gris de l’Angleterre, enchante le visiteur avec ses toiles aux couleurs flamboyantes. Lui qui déteste le naturalisme s’inscrit dans la lignée figurative d’un Matisse. Enfant prodige, David Hockney veut peindre dès l’âge de 6 ans. À 11 ans, il reproduit à l’envi les dessins d’Ingres. Quelques années plus tard, il intègre la Bradford Art School, dans sa ville natale, où son talent s’affine. Dandy assumé né dans un milieu ouvrier du nord de l’Angleterre, David Hockney rêve très jeune d’Amérique. Elle est la promesse d’une liberté sexuelle et créative. En 1963, il plaque tout et part à New York. De sa rencontre avec Andy Warhol, il gardera la peinture acrylique et une chevelure blonde platine. Un an plus tard direction la Californie où, en seulement quelques jours, il peint sa première piscine. Il a 27 ans et vient de poser la première pierre d’une série culte au sommet de laquelle trône son oeuvre la plus célèbre : A Bigger Splash.

“A BIGGER SPLASH” 1967

Dans cette toile, il peint l’éclaboussement que provoque l’entrée dans l’eau d’un jeune apollon que l’on devine être son amant, Peter Schlesinger. “L’idée de passer quinze jours à peindre un événement qui n’a duré que deux secondes me plaisait énormément. Tout le monde sait qu’une gerbe d’eau ne peut geler instantanément. C’est impossible. Une photo se prend en moins d’une seconde. Si la gerbe d’eau est nette, c’est qu’elle a été prise en moins de 1/16e de seconde. Un temps moins long que celui de son existence. Moi, au contraire, j’ai mis beaucoup plus longtemps à peindre le tableau que la durée de la gerbe“, écrivait-il dans David Hockney par David Hockney. Il peint des surfaces lisses, trop belles et capte l’essence superficielle de la Californie. Truquant les perspectives et oubliant les points de fuite, son oeuvre est un moment figé, une vision sans échappatoire.

“SELF PORTRAIT” 1954 – PHOTO RICHARD SCHMIDT

En 1971, sa relation fusionnelle avec Peter Schlesinger prend fin, donnant une autre dimension à son travail. Reclus pendant un an, l’artiste peint des toiles plus calmes. Évolutive, l’exposition chronologique de Pompidou raconte l’oeuvre protéiforme de l’artiste. On y découvre ainsi sa série de double-portraits où Hockney ne peint que les gens qu’il connait, ses collages de Polaroïd, des installations vidéos, des dessins imprimés… Geek avant l’heure, il dessine en 2010 sur iPad.

“9 CANVAS STUDY OF THE GRAND CANYON” 1998 – PHOTO RICHARD SCHMIDT
“BIGGER TREES NEAR WATER OR/ OU PEINTURE SUR LE MOTIF POUR LE NOUVEL AGE POST-PHOTOGRAPHIQUE” 2007 – PHOTO PRUDENCE CUMING

Mise au point sur bon nombre d’idées reçues sur l’artiste, cette exposition est un régal visuel et un vibrant hommage à celui qui se dit «insatiable d’une vie exaltante». Anticonformiste jusqu’au bout, David Hockney se targue même d’avoir refusé de peindre le portrait de la Reine Elisabeth II.

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