Chez François du Chastel, créateur de Chatelles

Dans le cabinet de curiosité Rive gauche du créateur des slippers Chatelles

Rive gauche, un lundi après-midi de mai où le soleil reste invisible mais où le ciel est blanc et chaud. Des gendarmes désœuvrés montent la garde près d’une demeure cossue, les rues sont comme assoupies, et une brise douce nous accueille derrière la lourde porte d’un ancien hôtel particulier. Un escalier comme rescapé d’un palazzo vénitien inondé de lumière nous mène au dernier étage. C’est là que s’est installé François du Chastel, le créateur des souliers Chatelles. Dandy calme aux yeux rieurs et à la carrure juvénile, il règne sur les lieux comme un châtelain tranquille et profondément parisien. « J’ai fait mes études non loin d’ici. Entre la Sorbonne et le musée Rodin, ce quartier de la Rive Gauche est très poétique et me ressemble, je crois. » Depuis cinq ans, il vit dans cet hôtel particulier datant de 1703 et ayant appartenu à Mazarin, au charme suranné avec vue sur un jardin arboré. Les livres s’amoncellent à même le sol dans cet intérieur façon cabinet de curiosité. « Les deux grand miroirs qui se font face et les rideaux bleu Wedgwood étaient déjà là quand je suis arrivé. »

« Je ne puis demeurer…loin de toi si longtemps »

Il y a sept ans, après une courte carrière dans la finance à Londres, François du Chastel rentre à Paris et se lance dans la mode, les chaussures, plus précisément les slippers. Un grand écart qu’il assume avec plaisir et humilité. « C’est le respect du client que j’ai toujours en tête ». Les slippers, ces chaussons historiquement affectionnés par les lords anglais, il en a fait sa signature. C’est d’ailleurs une des premières chose qu’on remarque ce jour-là.. Notre hôte est chaussé de ces souliers en velours délicats, qu’il a marié à un jean slim noir et une chemise rose pâle. Mais ce n’est pas pour trouver chaussures à son pied que François s’est lancé. La petite histoire, bien rodée, commence par une rupture amoureuse. À Londres, le Français offre une paire de slippers personnalisé à sa fiancée. Il y fait broder à l’intérieur les célèbres vers de Victor Hugo extrait du poème Demain, dès l’aube, « je ne puis demeurer…loin de toi si longtemps ». L’amoureuse s’entiche des souliers, mais le quitte. L’aventure Chatelles est lancée.

Un appartement tradi et bohème

« J’ai toujours trouvé cela magnifique une femme en talons, mais je vois bien comment dans la vie de tous les jours c’est impossible pour elles d’en porter. Pour être à plat tout en restant chic, et pour changer des mocassins et des ballerines, les slippers sont l’alternative qui fonctionnent » détaille le Parisien. Après une levée de fonds en 2016, des collaborations avec des marques comme Princesse tam.tam ou la Maison du chocolat et l’ouverture de boutiques au Japon, les souliers Chatelles semblent bien rivaliser avec les stilettos. L’entrepreneur dessine les collections, chercher toujours à insuffler un je-ne-sais-quoi de français à ses créations, et trouve l’inspiration dans ses voyages comme à Paris. Son univers à lui est à l’image de son appartement, à la fois tradi et bohème, rustique et citadin.

Café littéraire et club anglais

« Tous les objets qui sont ici ont une histoire et me sont chers » note François du Chastel en parcourant du regard les lieux. L’héritage familial et les proches sont ses prescripteurs déco. « J’aime particulièrement ce canapé à rayures années cinquante qui appartenait à la tante de ma mère, note-t-il. Et ces masques d’inspiration africaines ont été imaginé à partir de matériaux recyclés par mon frère. » Au pied d’une bibliothèque trône une luge imposante et ancienne rapportée par ses parents, une toile d’un grand oncle vietnamien décore le corridor menant à la cuisine et un miroir Art déco soleil orne le mur de la cheminée.


Le volume de la pièce est décuplé grâce à l’astucieux jeu de miroirs déformants créé par le face à face des grandes glaces et l’accumulation d’œil de sorcière. La large table à manger d’aspect rustique permet d’organiser des dîners à plus de vingt personnes. « Je l’ai récupéré dans la maison de campagne familiale, avec ces chaises de jardin customisées et ce grand cadre qui y prenait la poussière ». Posé à même le sol sans toile, s’y glisse en dessous un dessin au crayon de la sœur du propriétaire. L’atmosphère qui se dégage de l’ensemble est un savant mélange entre café littéraire et club anglais. Ici, pas de meubles de designers mais du mobilier avec une âme. « La chaise de bureau tordue est un fauteuil asymétrique imaginé par un artisan. Contre toute attente elle est très confortable et j’aime beaucoup son allure. À ses cotés j’ai installé le petit tabouret à vis sur lequel, enfant, je révisais mes devoirs. Il me rappelle le goût de l’effort ! »

Pas besoin de beaucoup d’effort en revanche pour faire un tour à la boutique Chatelles, située à deux pas. Attenante à un fleuriste japonais réputé, sa devanture bleu roi est décorée d’une branche de cerisier. Il y a de la poésie dans l’air, ici aussi.

Louise Ballongue

Possédez-vous notre application ?

Télécharger
Télécharger
Offline